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La Nostra Vita», au-delà du deuil
CRITIQUE
Veuf. Daniele Luchetti suit la reconstruction d’un maçon qui a perdu sa femme. Un mélo sans larmes.
Par BRUNO ICHER
(Cattleya)
Les larmes étaient prêtes à jaillir, mais les mouchoirs sont restés secs. Lancé à fond la caisse dans la pente abrupte du mélo italien, avec un père courage obligé de s’occuper seul d’enfants en bas âge après le décès brutal de son épouse, le tout dans un monde qui part en petits morceaux, la Nostra Vita cale à arracher les sanglots tant désirés. Pourtant, Daniele Luchetti avait impeccablement préparé son affaire. En choisissant d’abord l’épatant Elio Germano dans le rôle principal de ce maçon ambitieux injustement frappé par un coup du destin. En dressant ensuite à petites touches le portrait d’une Italie populaire un peu larguée entre rêves de parvenus et tradition ouvrière oubliée. Enfin, en choisissant une collection de seconds rôles oscillant entre le pathétique et le burlesque. Mais, à force de vouloir un peu trop jouer la pudeur, le cinéaste a mis en place une mécanique délicate qui peine à s’enclencher.
Compilation. Une grande partie de la Nostra Vita se déroule dans le cocon tumultueux d’une grande famille. Ils sont tous un peu trop démonstratifs, un peu racistes sur les bords, un peu bas de plafond aussi, mais fondamentalement des gens bien. Ils s’aident, se comprennent, se pardonnent aussi vite qu’ils se fâchent. Autrement dit, un mythe qui trouve son terme extrême dans la petite famille du maçon Claudio. Il est beau et heureux, sa femme est rayonnante (d’autant qu’elle est enceinte jusqu’aux paupières, on connaît le refrain), ses enfants sont de chouettes petits diables, bref, tout va beaucoup trop bien. Et, quand le malheur leur tombe dessus sous forme d’un méchant arrêt cardiaque de la jeune femme à la maternité, le pauvre Claudio est le seul vraiment surpris. Après avoir mis en place cette compilation qu’on peut imaginer volontairement clichetonneuse, Daniele Luchetti se lance alors vraiment dans le film. Le réalisateur montre qu’à travers toutes les contradictions du nouveau monde de Claudio, depuis sa nouvelle obsession pour l’argent en passant par ses errements de père ou les maladresses d’une sexualité qui évidemment n’a pas disparu avec son épouse, le deuil est aussi difficile que riche en bonnes surprises.
Rondouillard. Dans ce registre choral, Luchetti se montre inventif et malin. Il colle ainsi dans les pattes de Claudio une nounou pas comme les autres en la personne d’un immigré roumain rondouillard et revêche. Il invente un voisin paraplégique dealer de dope qui jouera un rôle majeur dans l’orientation de la vie du veuf. Il offre également un très joli rôle à Raoul Bova, incarnant le frère de Claudio, un quadragénaire beau à tomber par terre mais et incapable de se trouver une copine. Les scènes sont là, drôles, parfois émouvantes, et toutes éclairant de manière différente et complémentaire les tourments de cette petite classe moyenne qui redécouvre, étonnée, les vertus d’une solidarité qu’ils avaient crue évanouie. Naïf ? Peut-être, mais c’est surtout la détermination de Daniele Luchetti de ranimer à tout prix l’espoir que tout peut s’arranger qui finit par affaiblir son sujet. |